Rationalité, vérité & démocratie

Le mythe moderne du progrès et sa critique – Von Wright, Wittgenstein, Kraus

Le mythe modern du progrès et sa critique

Von Wright souligne qu’ « abandonner la croyance au progrès comme une nécessité historique n’est pas la même chose que d’abandonner le travail pour le progrès comme une tâche » ; mais cette tâche est aujourd’hui essentiellement critique. La croyance au progrès, quand elle prend le caractère d’un mythe, est justement ce qui nous dispense la plupart du temps d’exiger et de réaliser des progrès réels. Comme dirait Kraus, celui qui sait une fois pour toutes qu’il vit sous le signe du progrès n’a pas à demander si l’on progresse et à vérifier qu’on le fait. On peut penser, justement, qu’à strictement parler il n’y a pas à croire au progrès : il y a seulement à essayer, si possible, de progresser effectivement, là où il est le plus important et le plus urgent de le faire. Au lieu de s’agiter sur place, en essayant de croire et de faire croire que l’on avance, il faut justement choisir de prouver le mouvement en marchant réellement. Autrement dit, il n’y a rien de paradoxal dans le fait de considérer que la croyance au progrès, sous la forme de ce que von Wright appelle le « mythe moderne du progrès », pourrait bien être en train de se transformer en un des obstacles les plus sérieux qui s’opposent aujourd’hui au progrès. Ce n’est évidemment pas comme ceux d’un ennemi du progrès que doivent être compris les propos de von Wright, mais plutôt comme ceux de quelqu’un qui a compris mieux que d’autres que le progrès peut avoir besoin d’être défendu aussi et peut-être même en priorité contre certains de ses amis actuels.