Rationalité, vérité & démocratie

Rationalité et liberté selon William Godwin

Rationalité et liberté selon William Godwin

Il est difficile de qualifier de William Godwin de démocrate : si la démocratie est à ses yeux (pour citer librement Churchill) le moins mauvais des gouvernements, elle n’en reste pas moins une espèce de gouvernement… et tout gouvernement est un mal. Mais le régime politique et social qu’il préconise est une sorte de démocratie poussée à son terme extrême – d’où son titre de fondateur des théories anarchistes qui, malgré un certain anachronisme, n’est pas usurpé. Or Godwin affirme sans cesse qu’il est impossible de parvenir à ce stade si la raison et le goût pour la recherche de la vérité sont insuffisamment développés dans les esprits de la majorité. Et il ajoute qu’un régime social et politique juste serait, du fait des modalités de son existence, propice aux progrès de la rationalité humaine. Liberté (pour ne pas dire démocratie), rationalité et vérité sont donc indissociables dans sa philosophie.

Selon Godwin, la raison et la vérité ne peuvent pas prospérer et se diffuser quand nous sommes soumis à un gouvernement. Celui-ci n’attend finalement qu’une seule chose de ses sujets ou de ses citoyens : l’obéissance. Si, par miracle, le gouvernement se pliait aux lois de la raison, il ne serait même plus vraiment pertinent de parler d’obéissance. Mais cela s’oppose de toute façon à la nature du gouvernement, qui ne domine en réalité que par deux moyens : la force et la confiance (elle-même fondée sur l’ignorance).

Il commence donc sa réflexion sur le gouvernement en écartant les deux questions classiques de la source de sa légitimité et de sa meilleure forme possible, dans la mesure où elles laissent hors de doute sa nécessité pour assurer la justice et le bonheur. Il les remplace par une autre question : qu’est-ce qui peut conduire au bien-être de tous à partir de principes justes et de règlements équitables ?